Dans certaines tranches d’âge, le risque d’anxiété pendant les déplacements augmente de façon disproportionnée, alors que la popularité du voyage ne cesse de croître chez toutes les générations. Les données épidémiologiques montrent que les jeunes adultes et les seniors déclarent des niveaux d’inquiétude bien supérieurs à ceux des autres groupes, malgré des expériences, des ressources et des attentes radicalement différentes.
Certains facteurs, comme la charge mentale liée à l’organisation ou la gestion de l’incertitude, semblent peser différemment selon l’âge et le contexte du voyage. Cette évolution interroge sur les mécanismes d’apparition des troubles anxieux loin de chez soi et sur les stratégies adaptées à chaque profil.
Voyager aujourd’hui : un contexte propice à l’anxiété ?
Les voyages n’ont jamais été aussi répandus, ni aussi exposés aux bouleversements que ces dernières années. L’accès permanent à l’information, la multiplication des alertes sanitaires ou sécuritaires : autant de facteurs qui s’invitent dans chaque préparation de départ. Stress et anxiété se glissent dans les valises, parfois dissimulés derrière l’excitation du départ, parfois en pleine lumière. Que l’on parte pour affaires ou pour le plaisir, que l’on habite Paris ou Tokyo, la souffrance psychique liée à la peur de l’inconnu ou à l’anticipation des imprévus traverse toutes les générations et tous les milieux.
Les troubles anxieux se déclinent en une palette de symptômes. Certains voyageurs sont paralysés à l’idée de traverser un aéroport bondé, d’autres voient leur sommeil bouleversé par le décalage horaire, d’autres encore craignent tout simplement de perdre leurs repères. Les professionnels de santé s’emparent désormais de la question : le DSM-5, référence mondiale des troubles mentaux, détecte une hausse des diagnostics liés au voyage, une tendance confirmée par les praticiens et par de nombreuses études. L’angoisse, parfois discrète, s’aggrave si elle n’est pas prise en charge, pouvant évoluer vers une dépression ou entraîner des crises aiguës de panique.
Face à cette réalité, la vigilance n’est plus une option. Les profils anxieux se multiplient : jeunes étudiants, adultes en apparence rodés, retraités expérimentés. Impossible de réduire la question à un simple caprice passager. Les entreprises, les médecins, les acteurs du tourisme le constatent : le stress du voyage façonne les nouvelles mobilités, et la santé des voyageurs s’impose comme une préoccupation centrale.
Quels problèmes de santé mentale peuvent survenir en déplacement, et pourquoi l’âge joue-t-il un rôle ?
Quand on parle d’anxiété liée au voyage, la diversité des manifestations frappe d’emblée. Les personnes concernées peuvent être confrontées à :
- Des phobies des transports (avion, train, voiture) ou une hodophobie (peur du déplacement en lui-même).
- Des vertiges et des troubles de l’équilibre, souvent liés à l’oreille interne, qui se manifestent plus fréquemment avec l’âge.
- Des troubles du sommeil, particulièrement sensibles chez les enfants et les seniors lors des décalages horaires.
- Une hypersensibilité émotionnelle, très présente chez les adolescents, qui accentue le sentiment d’anxiété à l’approche de l’inconnu.
- Un stress logistique : organisation, gestion du temps, anticipation des imprévus, qui pèse sur les adultes actifs.
Le DSM-5, qui fait autorité dans la classification des troubles mentaux, distingue différentes formes d’anxiété généralisée, dont l’expression varie selon l’âge. Chez l’enfant, la séparation avec les parents est source d’angoisse. L’adolescent, lui, doit composer avec une sensibilité accrue, un terrain fertile pour le syndrome du voyageur. L’adulte, pris entre responsabilités familiales et pression professionnelle, ressent une tension diffuse liée à l’organisation ou à la peur de perdre le contrôle. Quant aux personnes âgées, elles sont exposées à des troubles anxieux plus marqués par la diminution des capacités d’adaptation, les antécédents de dépression ou les problèmes de sommeil.
L’âge module donc non seulement la nature mais aussi l’intensité des troubles psychiques observés lors des déplacements. Les plus jeunes comme les plus âgés peuvent en faire l’expérience, chacun à sa manière.
Faire face à l’anxiété et aux attaques de panique pendant le voyage : méthodes et astuces éprouvées
Être submergé par une attaque de panique sur un quai de gare ou dans la cabine d’un avion, voilà qui peut transformer une escapade en véritable épreuve. Mais il existe des outils efficaces, puisés dans les thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Les spécialistes recommandent des exercices de respiration profonde : inspirer lentement, retenir l’air, expirer longuement. Ce simple geste calme le système nerveux et désamorce la montée du stress.
Certains voyageurs trouvent du réconfort dans la méditation guidée ou à travers des applications de relaxation. D’autres misent sur l’écoute de sons familiers, la visualisation de lieux apaisants ou la répétition de pensées positives. Ceux qui aiment la technologie peuvent tester la thérapie assistée par réalité virtuelle avant le départ : ils s’exposent progressivement à des situations anxiogènes pour mieux s’y habituer.
Tenir un carnet de bord, même sommaire, aide à repérer les déclencheurs d’angoisse et à identifier les stratégies qui fonctionnent. Les professionnels de santé, en particulier les psychologues formés à la TCC, insistent sur l’importance de l’auto-encouragement : reconnaître une crise, relativiser ses symptômes, se rappeler que l’anxiété n’a pas le dernier mot. Selon les profils et les envies, certains préfèrent le yoga, d’autres l’hypnose ou la marche lente pour retrouver leur équilibre au fil du voyage.
Préserver son équilibre psychologique à l’étranger : conseils pratiques pour voyager sereinement à tout âge
Un séjour à l’étranger, quelle que soit la destination, bouleverse les repères. Le changement de fuseau horaire, la rupture des routines, l’isolement temporaire : autant de situations qui fragilisent l’équilibre intérieur et peuvent favoriser l’apparition de troubles anxieux. La santé mentale du voyageur devient alors une donnée clé, alors que la qualité de vie et la capacité d’adaptation sont désormais suivies de près par les professionnels.
Pour limiter les risques, il vaut mieux anticiper. Voici quelques réflexes à adopter avant le départ ou pendant le séjour :
- Préparer une liste des contacts médicaux locaux et repérer les établissements de soins à proximité.
- Se renseigner sur les dispositifs d’aide accessibles sur place ou à distance, comme le programme MonSoutien Psy, les Maisons des adolescents, ou les réseaux de secourisme en santé mentale recommandés par santé publique France.
- Reconnaître les premiers signes d’angoisse et ne pas hésiter à demander de l’aide dès qu’ils apparaissent.
- Se donner le droit de déconnecter, même brièvement, pour préserver ses ressources émotionnelles.
- Privilégier les activités qui favorisent l’ancrage (marche, lecture, sport doux) et la détente.
Un voyage réussi, ce n’est pas seulement un itinéraire, c’est un équilibre entre curiosité et vigilance, découverte et respect de soi. La santé mentale ne s’arrête pas à la frontière : elle voyage, elle aussi, et mérite d’être traitée avec la même attention que son passeport ou ses bagages.
La valise est prête, l’itinéraire tracé, mais l’esprit, lui aussi, doit être du voyage. Ne laissons pas l’anxiété écrire le scénario de nos escapades, la prochaine page appartient à ceux qui osent avancer, même avec une légère appréhension au fond de la poche.


